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L’humanité vit actuellement un profond bouleversement, peut-être le plus important de sa période historique. La Terre a connu le temps du nomadisme avec des clans, des familles et plus tard la sédentarité par la pratique de l’agriculture et l’avènement des tribus. Puis la croissance de la population a suscité le système féodal. Enfin suivant les régions, des territoires se sont regroupés pour former des nations dirigées par des régimes politiques variés : royauté, dictature, démocratie, gérontocratie… Au XX ème siècle, l’ensemble de la Terre avait, comme système géo-politique, celui des nations. Il était quasi universel, seules quelques contrées de faible importance en étaient restées à une conception clanique de gestion et vivaient plus ou moins en autarcie. Chaque nation défendait ses intérêts sur le plan mondial, gérait ses ressortissants, pratiquait le protectionnisme, avait des frontières (physiques mais aussi morales, sociales et politiques), protégeait ses productions par un régime douanier, établissait des accords commerciaux bi-latéraux ou multilatéraux. Certaines, plus puissantes, s’orientaient vers l’hégémonisme ou l’impérialisme. Toutes étaient profondément nationalistes ce qui donnait source à de nombreux conflits pour des raisons rarement valables. Ce monde des nations pouvait être classé en deux grands groupes : celui des pays développés et les autres. Dans ces autres, deux nations représentaient à elles seules une population de plus de 37 % de celle de la Terre entière ! Pour des raisons diverses, dont celles de l’information, de l’informatisation confortées par une stabilité politique certaine, ces deux dernières nations ont connu en quelques décennies un développement exceptionnel, sans précédent dans l’Histoire. Parallèlement le commerce mondial s’étant fortement accru en deux décennies, la Terre entière est entrée, sans tambour ni trompette, dans l’ère dénommée “ la mondialisation”. Les gouvernements n’ont pas suivi le mouvement et encore moins prévu les conséquences induites par cette nouvelle voie. Les peuples non plus qui se sont contentés, par manque d’information de la part des élites, de se recroqueviller dans les pays développés sur “ leurs avantages acquis”. Position bien logique et confortable car, niant les réalités, elle laisse espérer que le futur sera aussi bon, sinon mieux, que le passé. Et nous, pays développés, sommes entrés au XXIème siècle à reculons, refusant les faits, nous raccrochant à un passé désuet, escomptant des solutions utopiques que chaque homme politique brandit, démagogiquement, pour rester dans le fromage du pouvoir ou de son espérance. De cette mondialisation, dégageons quelques faits : • Chaque Etat a perdu sa souveraineté. Son gouvernement garde seulement une teinture de pouvoir qui se rétrécit chaque année du fait des pressions extérieures : du marché, des organismes locaux ou mondiaux : U.E., OMC, ONU, BM… , des multiples contraintes posées par les approvisionnements pour les matières premières et l’énergie, etc… . • La production de biens industriels et aussi, mais en partie seulement, des produits agricoles, diminue dans les pays développés et se transfère progressivement vers ceux à faible coût de main d’œuvre. En conséquence les pays dits riches appauvrissent leur capacité de production aux dépens de leurs ressortissants qui subissent de plein fouet le chômage. • Les entreprises nationales de quelque importance au XXème siècle, sont devenues d’abord des multinationales puis des mondiales. Elles délocalisent leurs productions pour rester compétitives. Leurs capitaux demeurant en partie nationaux, elles rapatrient tout ou fraction de leurs bénéfices sur la nation d’origine. Ce qui fait se féliciter cette dernière pour les excellents résultats obtenus. Faits indéniables, c’est sûr, mais de bien faible utilité pour l’ensemble du corps social composant une nation. En effet à quoi servira une finance mondiale si elle ne peut ou ne veut fournir localement du travail à la main d’œuvre en demande d’emplois ? • Cette mondialisation des entreprises ne peut être maîtrisée par les gouvernements qui ne font que subir et parfois “ gémir” de voir leur échapper les fleurons anciens de la production du pays. • Le monde de la finance est devenu, en très peu d’années, l’oligarchie mondiale. On voit de temps en temps apparaître un personnage nouveau qui pour l’ensemble de la piétaille n’était connu que pour ses lubies ou ses frasques. Sa puissance apparaît soudainement, bouscule et affole les pouvoirs traditionnels. • Dans les pays développés, ce courant mondial se traduit actuellement par un renforcement de la classe aisée, un tassement des défavorisés et une baisse de pouvoir d’achat des classes moyennes. Dans le futur, cette dernière baisse s’accentuera par la diminution des retraites et la perte d’emploi des salariés les moins armés. • L’apparente prospérité actuelle des pays développés provient de trois sources. D’abord le monde du commerce qui profite de marges substantielles dans certains domaines et de l’incitation démente à la consommation. Une partie du monde agricole qui vit à l’aise grâce aux subventions et aux protections diverses (les nouvelles dispositions de la PAC vont bouleverser cette situation d’ici 2015). Enfin une fraction non négligeable des fonctionnaires qui, confortablement installée dans leur situation protégée, profite des avantages n’apparaissant pas dans leur salaire. Il est important de souligner que le monde agricole n’est pas monolithique. Certaines exploitations (en général les grosses) sont bien gâtées par les subventions alors que celles familiales, situées dans des zones à faible rendement, survivent difficilement. Toutes ces rentes de situation perdurent depuis des décennies. Elles seront contraintes de disparaître face à la poussée mondiale. • Deux pays, la Chine et l’Inde, sont en train de prendre le leadership de la production des biens de consommation et du commerce mondial. Sous quelques années, ils vont détrôner les USA. Que restera-t-il en 2020 de l’hégémonie des pays occidentaux ? Les transferts de technologie ayant joué et le dynamisme des pays émergents s’imposant, nos valeurs occidentales de production seront écrasées. Que deviendront notre confort et “ nos avantages acquis” ? Il sera bien temps de pleurer sur le passé et de regretter notre aveuglement qui fait la fierté de nos nationalistes comme de nos syndicats, tous plus conservateurs les uns que les autres et vides d’idées comme de responsabilité. • Il nous faut beaucoup plus craindre le déferlement des produits des pays émergents que l’immigration que nous sommes impuissants à maîtriser. Les habitants des pays déshérités sont tentés par les facilités de la civilisation. Les très mauvaises conditions d’accueil dans nos contrées sont, à leurs yeux, plus supportables que celles de vie dans leur lieu d’origine. A noter qu’empêcher ou freiner les flux migratoires n’est pas chose aisée. Il est souvent avancé qu’il faut créer ou développer des pôles de production dans les pays pauvres. C’est effectivement la solution de base. Elle est d’une grande efficacité sur certains continents mais semble, jusqu’ici, avoir eu bien peu de succès en Afrique malgré les sommes allouées et les multiples soutiens prodigués. Les échecs sont nombreux et les causes, quoique bien connues, n’ont pas trouvé de solutions. • Le déferlement des produits est encouragé par une pub qui incite à une consommation que je qualifiais ci-dessus de démente car, non sélective, elle favorise les productions étrangères aux dépens des nôtres. Je suis convaincu que pour la période de transition actuelle il nous faut pratiquer un protectionnisme basé sur le futur et non replié sur nos gloires passées. En clair la pub (et autres incitations) pour nos produits européens, oui, celle pour l’extérieur, non. Parallèlement tout doit être fait pour recentrer nos productions pouvant être pérennes et pour développer celles prometteuses. Ce qui veut dire que toute aide et toute subvention pour des rentes de situation sont à proscrire. • La mondialisation est médiatisée. Ce serait très bien si elle était “ expliquée”, si ses conséquences sur la vie des citoyens des grands groupes de pays étaient développées, si les efforts à faire à court et moyen termes étaient présentés pour être, sinon compris, au moins connus, si la répartition de ces efforts sur l’ensemble des habitants était diffusée. Non, rien de cela n’est fait. De la mondialisation, on retient les délocalisations et quelques autres aspects négatifs sans préciser qu’elle est, à notre époque, inéluctable et qu’il faut se serrer les coudes pour combattre son côté détestable et bénéficier de ses effets positifs. Elle permet à de nombreux pays de s’extraire de la pauvreté et d’exploiter leur propre potentiel. Même expliquée, la mondialisation risque d’être, chez nous en France, rejetée à priori. Nous sommes, qu’on le veuille ou non, un pays conservateur et fier de notre passé, bon ou mauvais ! Nous brandissons à tout bout de champ la cocarde et glorifions “ l’exception française”, le “ modèle social français”, les “ meilleurs hôpitaux” (ou le corps médical le plus exceptionnel), la“ protection sociale” la plus efficace, etc… Indiscutablement nous serions les plus forts en tout et faisons rire de nous sous toutes les latitudes. Atteints du syndrome de la grenouille, nous narguons les bœufs de la planète entière. Une énorme quantité de modestie nous ferait du bien. Et en sus de la modestie, les Français doivent aussi réapprendre ce qu’est la responsabilité de leurs actes. Ceci est une autre histoire. • La principale crainte que l’on puisse avoir de ce bouleversement mondial est, qu’actuellement, il n’existe aucun contre-pouvoir à cette oligarchie de la finance qui a tendance à laisser sur le bord de la route ceux sur lesquels elle fonde sa richesse que j’appellerai les lambdas. Comte-Sponville, à qui CHALLENGES demandait récemment si le capitalisme est capable de s'auto-réformer, a répondu : « Le capitalisme, c'est un marché de 6 milliards d'humains. Penser qu'il puisse se réformer seul, c'est se raconter des histoires. Il est inca-pable de créer à lui seul les condi-tions de sa propre existence. S'il n'y a pas un Etat pour imposer le respect du droit et pour assumer les investissements non immédia-tement rentables (routes, écoles), il n'y aura pas de capitalisme.» Le capitalisme est devenu mondial et les Etats sont multiples et en décomposition ! Quand verra-t-on un sursaut politique au niveau mondial ? • Les lambdas sont considérés comme des riens qu’il faut conditionner par un matraquage débile de publicité, d’informations douteuses, de croyances absurdes, de TV infantile, d’idées toutes faites… Ils doivent consommer, tout et n’importe quoi, tant pis s’ils en pâtissent, se soumettre à la pensée unique, être parfaitement dociles, avoir des droits et refuser les devoirs (toujours au sein d’une pensée mercantile)… Ils doivent être de parfaits robots (bien entendu, sans le savoir), bêtes et sans responsabilité, à qui on offre “ du pain et des jeux” à des prix abordables pour la plus grande satisfaction de ceux qui tirent les ficelles. • Parallèlement à ces craintes, que l’on peut qualifier sans aucun doute de réelles, il en existe d’autres aléatoires et parfois sans fondement plausible. C’est le cas des pandémies (la grippe aviaire en est un bon exemple) que la médiatisation dramatise parfois à la légère. Par contre, il est évident qu’une pandémie, type peste noire, bouleverserait la planète et les points soulevés dans mon papier seraient d’importance nulle en regard du désastre mondial qu’une telle catastrophe provoquerait. Alors l’avenir ? Certains diront qu’il n’est pas rose ! C’est inexact car cette appréciation abrupte est fonction du lieu où on l’émet et demande à être nuancée. Dans les pays nantis il est certain que pour la majorité des populations, l’ère des glorieuses est révolue et qu’après avoir connu une facilité quasi sans limites raisonnables (1) il faudra revenir à des conditions plus modestes mais acceptables. Dans les pays émergents, le futur s’annonce prometteur. Après des années à envier la vie occidentale, ils parviennent au “ gâteau”. Il faut leur souhaiter d’avoir la sagesse de maîtriser les appétits, de gérer les commodités croissantes et de créer une répartition des richesses la plus équitable possible humainement. (1) Certains de mes lecteurs me diront que “ une facilité quasi sans limites raisonnables” est une mauvaise définition car il y a toujours des limites et que le mot raisonnable est subjectif. C’est exact. Mais le bon sens commun ressent, sans problème, ce qui est sensé de ce qui ne l’est pas. Quand un PdG cherche à accroître son salaire qui est déjà (hors stock-options et avantages divers) 150 fois plus élevés que ceux d’un smicard, n’est-ce pas dément (en 1980 il n’était que de 35 fois plus élevé)? Quand on compare les gains des grands savants avec ceux du show-biz ou de certains sportifs, n’est-ce pas révoltant ? A côté de ces dérives relativement exceptionnelles, il en existe bien d’autres beaucoup plus modestes, qui sont tout de même des excès qui déstabilisent des situations, encouragent des débordements et créent des tensions au sein du corps social. Nos parents, et quelques-uns d’entre nous, ont connu les conflits mondiaux avec une remise en question de tout ce qui composait notre vie. La mondialisation crée une situation similaire avec les morts en moins et des souffrances physiques limitées. Elle va, sur le plan matériel, diminuer le confort de certains et améliorer celui de nombreux autres. Mais que sera l’évolution de la morale et de toutes les valeurs spirituelles, culturelles qui ont été acquises par chaque peuple durant les millénaires passés ? Que deviendra la notion d’appartenance à une race, à une région typée, après le brassage de population qui découlera nécessairement de ce bouleversement ? Un nouveau “ melting pot” à l’américaine, verra-t-il le jour avec des mœurs différentes, des religions adaptées, des idéaux rénovés ? Tout peut être imaginé. Seules les limites physiques de la Terre obligent et obligeront le confinement de l’humanité. Valescure le 01/03/06
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Ça y est, l’autre jour j’ai franchi le grand pas ! Au bureau des entrées, je fus accueilli très (trop) rapidement par les préposés à la réception qui m’ont fourni l’attirail du parfait “ailleuriste” : une grande robe blanche pour me matérialiser, une tête virtuelle me permettant d’être reconnu par mes interlocuteurs (elle s’adapte à la période à laquelle mon vis-à-vis m’a fréquenté : cela évite les confusions) et le règlement de notre lieu de séjour. A noter que la robe blanche est la tenue standard : elle loge tout le monde à la même enseigne : la façon Mao ! Ne croyez pas qu’un couvre-chef, type couronne, capeline, tiare, coiffe, diadème, auréole ou bibi, fasse partie du kit ! Il est réservé aux personnages de valeur ou considérés comme tel, mais il peut être acquis à la questure après un certain séjour pendant lequel aucune infraction au règlement n’aura été constatée par les forces de l’ordre représentées, en l’occurrence, par les CRS (le corps Chargé du Respect des Services). Ayant revêtu, par convenance, ma blancheur immaculée je l’ai surmontée de ma tête virtuelle et me suis engagé, mon règlement à la main, dans les allées de mon nouveau domaine. Je marchais sur une mer de nuages, dans une atmosphère musicale sublime. Nos qualificatifs terrestres sont impuissants à exprimer les sensations ressenties. Restons en là et goûtons ! Je notais qu’en passant de Terre en “ Ailleurs” j’avais perdu trois de mes cinq sens ! Je ne conservais que la vue et la parole. A vrai dire, la perte des sens est totale : voir et entendre sont des images (les réalités matérielles n’étant pas de mise) ; on s’identifie et on échange ! Un peu désemparé, j’errais à l’aventure. Ma vue courrait sur ces étendues ouatées et appréciait les formes multiples et inédites, les courbes sensuelles des cumulus en champignon, les strates infinies des cirrus. Dans le lointain, une aurore boréale marquait, par la translucidité de ses voiles colorés, la touche d’un maître en peinture. La transition entre la planète bleue et l’infini est brutale : il ne s’agit plus de décalage horaire ou d’évolution des cycles circadiens mais d’un anéantissement des habitudes, des contraintes, des dimensions… de tout ce qui, matériellement, marquait chaque instant de la vie. Il fallait que je me secoue, que je me fixe un programme, que j’élabore un planning… Ça y est, me diraient mes amis, “ son implacable logique, ce virus qui l’a tourmenté toute son existence, le reprend ! Il en oublie qu’il est dans un lieu où le temps, les distances n’existent plus. Alors pourquoi un programme ? Il pourra quand il le voudra voyager dans le temps, se déplacer plus vite que la lumière, son évanescence spirituelle lui permettra toutes ses fantaisies sauf une : se projeter dans le futur. Encore que le futur est difficilement définissable quand le temps n’existe plus.” Sur ces considérations métaphysiques suggérées par mes bons amis, je me dis qu’il me fallait tout de même faire un choix pour ne pas croquer en même temps plusieurs poires, la pomme n’étant pas de mise dans mon nouveau lieu de séjour. Je pourrais tout de suite retrouver ma famille. Je pense qu’en général, ma venue ne serait globalement pas trop mal perçue, les plus prévoyants savaient bien que je ne tarderais pas vu mon âge. Quant aux autres, l’euphorie paradisiaque les distrayait suffisamment pour qu’ils ne soient pas préoccupés par l’arrivée d’un des six milliards d’individus peuplant la Terre, même si celui-ci était génétiquement bien proche d’eux. Et puis chaque jour terrestre en envoyait tellement, même quand les tsunamis, ou autres cataclysmes se tenaient tranquilles ! S’il fallait être accueillant pour tous ces bougres, on n’en finirait pas de sourire, de souhaiter “bonne arrivée” et agréable séjour, de s’enquérir des conditions du voyage, en un mot d’être urbain, comme il se doit. Non, en définitive je choisis de différer ces retrouvailles et de m’accorder, par pur égoïsme, un plaisir personnel. Depuis bien des années, je désirais faire la connaissance d’un petit bout de femme que nous connaissons tous de nom : je veux parler de Lucy. Je ne dirais pas que, sexuellement, elle ait le don de m’attirer et puis dans l’état où elle et moi sommes, cela ne pourrait pas porter à conséquence. En êtres virtuels, nos ébats n’iraient pas très loin. Je me mis en quête de notre ancêtre commun. Je sais bien qu’elle n’est pas le seul ancêtre et que sa notoriété est purement fortuite. N’est-ce pas le lot de nombreuses personnalités qui sont devenues ce qu’elles sont, non pas par leurs qualités propres mais par l’effet du hasard ? Comment retrouver parmi la multitude, l’être recherché ? Il me revint que j’avais reçu un règlement. Je m’en saisis, la première information indiquait que pour toutes difficultés, il suffisait de prendre contact avec le service gestionnaire, assuré par un bénévole, un certain Christophe. Le contact s’établissait par télé-transmission de pensée. J’obtins, sans difficulté, le renseignement demandé. Je pourrais trouver Lucy sur le cumulus Gaëtan du quartier des Quatre Vents ; elle jouait au badminton avec des “jeunes” du paléolithique. On me dit qu’elle était très accessible et acceptait volontiers les interviews. Je fus ravi de cette information, craignant, au premier abord, un refus de sa part qui aurait été très justifié par la célébrité du personnage. J’arrivai instantanément, grâce au GPS céleste et au phénomène de transplantation, auprès du groupe de joueurs. Je n’eus aucune peine à reconnaître la célèbre Lucy : sa petite taille, ses mâchoires légèrement proéminentes et sa face portant un duvet châtain clair, la caractérisaient. Ce n’était pas une beauté, mais son visage reflétait une grande douceur et un charme indéniable. Je m’approchais, les joueurs interrompirent leur distraction. Après les salutations, je m’adressais à Lucy et me présentais en soulignant ma récente arrivée en ce lieu. Puis je lui demandais de bien vouloir m’accorder un entretien quand bon lui semblerait. Avec un aimable sourire, elle me répondit être libre après avoir terminé la partie en cours. Je l’en remerciais et m’éloignais en cherchant un siège à proximité. Réaction stupide de terrien, dans mon état actuel je ne pouvais être fatigué ; mon esprit sans corps était satisfait dans toutes les positions : debout, assis, allongé et même les jambes en l’air, mais cela est moins convenable en bonne société. La partie se termina au bout d’un certain temps. Je ne parle plus de secondes, d’heures et encore moins de jours car de cela nous n’en avons plus conscience : nous voguons sur la flèche du temps qui marque le sens sans définir de repères. Ce n’est pas pratique au début, mais on s’y habitue comme de beaucoup de choses. Il le faut bien car ayant toute l’éternité devant moi, je ne me verrais pas cocher chaque période (quelle période ?) sur le calendrier des Postes célestes (si bien sûr, il en existe un)… Lucy s’approcha de moi de la même démarche que nous avions tous : nous semblions glisser avec grâce et légèreté sur une patinoire. Avec la différence, tout de même, que sur une patinoire nous risquions la chute alors que là toutes les fantaisies sont permises ! Etre en présence de la première femme m’embarrassait et en guise d’entrée en matière je le lui dis. Elle me répliqua aussitôt qu’elle n’était pas la première mais un des milliers d’exemplaires qui existaient à son époque et que sa notoriété venait du fait qu’elle seule avait été découverte, d’ailleurs très fortuitement. Elle ne s’en enorgueillissait pas, mais était heureuse de satisfaire la curiosité bien naturelle de ceux qui souhaitaient l’interroger. Elle ajouta avec un sourire narquois qu’il ne fallait pas croire les balivernes qui coururent bien après son époque et qui font état d’un premier couple. Elle me précisa qu’en ce lieu, tous les séjournants étaient informés des moindres avancées de la science mais n’avaient pas accès à la plénitude de la Connaissance. Celle-ci, étant infinie, ne pouvait être acquise par les esprits simples que nous étions (esprits simples et non simples d’esprit !). Je constatais qu’elle était bavarde et que je n’avais pas un grand effort à faire pour obtenir des renseignements. Prenant enfin la parole, je l’interrogeais sur sa famille, sa vie, les coutumes de son époque. “ C’est drôle, vous les derniers arrivés, vous me posez tous les mêmes questions ! Je vais te répondre que nous n’avions pas de machines à laver, que nos vêtements étaient bien réduits et que les hivers nous paraissaient très longs. Nous ne nous préoccupions pas de l’énergie et de la pollution mais bien de trouver ce qu’il fallait pour nous nourrir. Ne crois pas surtout que nous étions malheureux. Notre vie très rustique avait, comme à toutes les époques, de bons et mauvais côtés. Le plus délicat était de nous protéger contre certains animaux prédateurs qui auraient aimé faire de nous un bon repas. Notre clan, soudé dans l’adversité, se défendait bien et nous obéissions au mâle le plus fort qui en avait pris la direction. Je fus une de ses préférées et eu deux enfants de lui et trois d’autres mâles de la bande. La vie très communautaire était parfois difficile, certains de ses membres avaient des caractères impossibles. En général, j’étais aimée, par certaines tolérée. Mon caractère souple m’a permis de faire mon trou et d’élever ma progéniture sans difficultés majeures. Sur le plan matériel, nous n’étions pas gâtés. L’hiver nous entretenions difficilement un feu, obtenu lors d’un orage, pour chauffer l’entrée d’une grotte où nous élisions domicile. L’été nous changions de lieu au gré des besoins de la chasse et des récoltes de fruits sauvages et de racines diverses. Nous vivions en général nus et n’utilisions des peaux d’animaux ou des feuillages tressés que pour nous préserver du froid et de la pluie. Tu vois, je ne t’apprends rien que tu ne saches déjà. Je suis morte jeune par rapport à vos normes actuelles, mais de ce côté rien n’est comparable. La maladie faisait dans nos rangs de fréquentes victimes : cela ne nous choquait pas, nous y étions habitués… Serais-je tentée pas la vie sous votre époque ? Non ! J’ai abordé ce sujet avec des personnes de tous les temps. Je les ai longuement interrogées, j’ai pesé avec elles le pour et le contre de chaque situation et me suis fait l’opinion suivante. Chaque humain (et vous me faites l’honneur de me considérer comme appartenant aux homo érectus sinon sapiens), quelle que soit la période où il vit, peut apprécier la vie s’il fait les efforts pour ! Je te disais que j’ai su m’intégrer dans le clan, celui-ci a reconnu mes efforts et m’a rendu largement ce que j’ai pu lui apporter. Non seulement je ne suis pas quitte, mais je lui en suis reconnaissante. Je te précise aussi que les croyances et philosophies n’existaient pas et, de ce fait, les règles de conduite se bornaient aux stricts besoins de chaque clan. Cela avait l’avantage de supprimer bien des conflits et d’annihiler les éventuels appétits de pouvoir. Appétits qui par la suite se développèrent dès que l’homo devint sapiens sapiens ! En d’autres termes : qu’il prit la grosse tête !” Je suis resté baba de sa réponse ! Je m’attendais à des affirmations simplistes et j’avais devant moi une femme qui avait profité des facilités actuelles (sans limites par le nombre) pour se renseigner, s’instruire, juger et apprécier. J’ai découvert que l’unique occupation (autre que les distractions) dans le présent lieu, est l’accroissement des connaissances. C’est un moteur, un idéal auquel personne n’échappe et devient pour tous une passion. Une passion d’autant plus prenante qu’elle ne comporte ni sujétions, ni efforts, seulement une grande satisfaction. S’instruire et comprendre ce qui sur Terre n’est que charabia ou science de haute volée pour la grande majorité des gens est ici un jeu ! En communication, Ailleurs est favorisé : il n’existe qu’une seule langue apparente, chacun parle la sienne et son interlocuteur le comprend dans son propre dialecte. Je remarquais aussi que pour me répondre elle me tutoya immédiatement : était-ce une coutume locale ou une marque de familiarité particulière. Je me promis d’approfondir ce point plus tard. Je profitais de sa gentillesse pour lui poser quelques questions pratiques. Quelles étaient, à son avis, les personnes à rencontrer absolument, les Cercles ou Clubs à fréquenter, les distractions fréquentes, celles les plus courues, la façon dont elle gérait sa flèche de temps, ses relations avec nos hôtes… Sur ce dernier point, elle fut plutôt sèche et me répondit : “ Je n’ai pas une immense estime pour le “ système” , qui me considère comme un être de seconde zone, ayant vécu bien avant que n’existent les premières idéologies, religions et philosophies. Et pourtant je suis, comme mes contemporains et nos descendants pendant trois millions d’années, des êtres pensants qui avions des sentiments, qui connaissions les joies et les douleurs, qui vivions des amours et des déceptions, qui portions de l’affection à nos parents, qui pleurions les êtres chers qui disparaissaient, qui respections ceux avec qui nous vivions. Nous avons été les bases des humains et le “ système” semble nous tolérer en regard de ceux du post-mésolithique ! Ne crois pas que je manifeste du dépit ; ce genre de sentiment n’est pas prisé ici ! Mais je clame à qui veut l’entendre cette injustice faite aux grands ancêtres.” La véhémence de ces paroles et le ton passionné de mon interlocutrice me surprirent. Il se passa quelques instants (encore un retour à la notion de temps alors que le flou artistique de celui-ci planait sur nos nuages) et elle reprit : “ Je suppose que tu t’es adressé à moi parce que mon existence avait été découverte par vos savants. Je ne suis pas, comme dans certaines de vos religions, l’Eve unique, procréatrice de l’humanité ! Notre communauté est importante et tu n’auras pas de peine à trouver des coreligionnaires qui te confirmeront ce que je t’ai dit et te feront part de leurs propres sentiments, de leur vécu. Tu verras, c’est très instructif. Par contre, tu auras beaucoup de difficultés à remonter encore plus loin dans le temps pour essayer de découvrir l’époque où l’animal est devenu homme suivant vos propres conceptions. Nous, les “précurseurs”, comme vous dîtes, ne le savons pas. Notre opinion est qu’il n’y a pas eu, à proprement parler, d’époque, de “saut” mais une évolution excessivement lente. C’est un point de vue que ne peuvent admettre les religions basées sur l’anthropocentrisme. Là encore tu verras que ces querelles terrestres de clochers n’ont aucun sens parmi nous.” Elle s’arrêta à nouveau, puis reprit : “ Excuse-moi, je vais devoir te laisser, mes partenaires m’attendent. Ton intérêt pour moi m’a touchée. J’espère que nous nous reverrons et reprendrons notre conversation.” “ Avec plaisir lui répondis-je. Merci beaucoup, vous êtes charmante et très aimable.” “ A plus” me lança-t-elle en s’éloignant ! Elle était “ branchée” comme on dit maintenant et un tantinet “tendance” ! Ce premier contact m’avait enthousiasmé. Moi qui craignais m’ennuyer dans une béatitude éternelle, je constatais que j’avais beaucoup de pain sur la planche si je me mettais en tête d’interviewer les personnages historiques et les échantillons des sans-grades qui pourraient effacer les multiples points d’interrogation laissés par ma culture plus que primaire. Ma formation technique, déjà insuffisante pour calmer ma faim dans cette discipline, ne m’avait pas donner accès à certains domaines que j’aurais aimé savourer pleinement et notamment les arts en général… Alors par quoi commencer ? Il serait tout de même bon de dire un petit coucou à la famille qui, si elle est au courant de mon arrivée, doit s’étonner que je ne me sois pas manifesté. En toute honnêteté, j’appréhendais ces rencontres ! Que dire à un proche qui nous a quittés jadis ? Des paroles aimables, bien sûr, les divergences anciennes sont disparues, mais cela ne peut rester que dans la sphère des banalités polies. La vie familiale est un échange constant et journalier d’informations, de faits, de problèmes et de solutions qui, en général, s’effacent rapidement par manque de consistance dans la durée. La recréer hors du temps est une gageure. L’affection demeure mais on ne peut l’exprimer en permanence par des paroles qui se vident de sens par les multiples répétitions. Reprenant courage, je me mis à la recherche de la famille que je trouvais sans peine, dispersée dans un quartier de cumulo-nimbus. Chaque membre me fit fête et nous nous promîmes mutuellement de nous voir avec assiduité tout en conservant une grande latitude de liberté. Cela me convenait pleinement et je répondis à certain que je ne manquerai pas de faire appel à leur gentillesse pour découvrir qui étaient mes ancêtres et plus particulièrement leur vie, les problèmes de l’époque, leur travail, leurs passions et aussi leur caractère. Toutes choses qu’une recherche généalogique ne peut faire découvrir mais qui sont plus passionnantes que de savoir les noms, dates de naissance, de mariage et de décès des lointains géniteurs. Après ces retrouvailles, j’avais besoin de m’isoler et avisant un petit couloir tranquille dans un cirrostratus, je l’empruntais pour réfléchir. J’y glissais avec délice, me laissant aller à la rêverie, heureux des contacts avec la famille, plus chaleureux que je n’aurais pu le penser. Mon nouvel état me semblait bien agréable : finis les soucis, terminée la charge de l’existence, rejetés les besoins vitaux, exempte la responsabilité… à moi la connaissance sans effort, seulement grâce à la communication, sans devoir rien à personne… Serais-je devenu égoïste en quittant la Terre ? Ne penserais-je plus qu’à mes hobbies ? Serait-ce la récompense des actions passées ou, plus modestement le lot de tous ceux qui se sont contentés du “ courant” sans chercher l’extrême ? Plongé dans mes réflexions, toujours glissant sur mon cirrus, je n’avais pas aperçu qu’une ombre s’approchait de moi. C’était Sidoine, une vieille connaissance qui me servait souvent sur Terre de conseiller et parfois d’ange gardien. Les retrouvailles furent chaleureuses, je ne l’avais pas vu depuis le décès de mes chiens. Auparavant nous nous rencontrions dans les bois qui jouxtaient la villa. “ Bonjour Jo, s’écria-t-il de sa voix de basse, tu es nouveau en ce lieu et probablement un peu dépaysé. Quelles sont tes premières impressions ?” Je lui contai mes rencontres et ajoutai : “ Oui, je suis surpris des conditions de ce séjour. Je m’attendais à tout autre chose en me basant sur ce qu’il était fréquent d’entendre sur Terre. Je craignais de m’ennuyer en pensant devoir passer l’éternité dans un champ de béatitudes parsemé de musiques laudatives et soporifiques. J’étais bien loin de la réalité. Ici c’est le domaine de la Connaissance, celle que l’on acquiert en fonction de ses besoins, de ses désirs, sans la contrainte de la réussite mais avec la passion du savoir. C’est l’espoir toujours renouvelé de découvrir, au cours du temps, le devenir de l’univers, ses mystères de l’instant, leur résolution inéluctable. C’est “ la mer, la mer, toujours recommencée” … une mer vivante et apaisante, porteuse de promesses et ouverte sur l’avenir. Ici, point besoin de “ N’ayez pas peur” : on est rassuré d’emblée. Le regard est tourné vers le futur, la connaissance du passé n’étant là que pour satisfaire la curiosité et effacer les croyances sans fondement, inculquées sur Terre.” “ Jo, je vois que tes premières impressions sont bonnes. La Connaissance est le moteur : elle est inépuisable et toujours renouvelée. Elle est l’occupation avec à l’opposé les distractions qui vont des souvenirs de chacun aux jeux de l’esprit et aux satisfactions des sens de cet esprit. La connaissance bannit le conservatisme, le roc sur lequel se raccroche tous ceux qui craignent le futur et surtout de perdre ce qu’ils ont plus ou moins justement acquis. Ici, la justice règne sans avoir besoin de règles, ni de lois coercitives ; l’harmonie est constamment présente. L’abolition de barrières est le facteur principal de cette harmonie. Malgré des langues multiples, la compréhension est universelle, l’inexistence de besoins vitaux anéantit les rivalités, les appétences et les jalousies. Alors que reste-t-il ? le besoin de connaissance qui est, de ce fait, le plaisir suprême et éternel pour tous les êtres pensants.” “ Mais alors, cher Sidoine, le lieu où nous sommes, si on peut parler d’un lieu qui n’a ni limites, ni dimensions, regroupe-t-il la totalité de l’humanité depuis qu’elle est apparue ?” “ Bien sûr, Jo ! A deux nuances près. La première est que ce ne sont que des esprits qui sont parmi nous. Cela exclut donc tout le règne animal qui n’a pas de “conscience réfléchie” c’est-à-dire ne possède pas les facultés de raisonnement et de prévision. La seconde est que l’éternité n’est pas idyllique pour tous. Disons, sans rentrer dans le détail, que les humains ont eu, sur Terre, une conduite plus ou moins ordonnée. L’esprit de chacun existe donc avec la conscience de ses fautes et déviations passées. “ Sidoine, cela signifie, en clair, que nous sommes loin du système manichéen du catholicisme avec son paradis, son purgatoire, son enfer et ses limbes. L’esprit serait traité en fonction de ce qu’il a été et cette ouverture vers la connaissance, récompense ultime et consolation magistrale, serait plus ou moins accessible sur la flèche du temps. Ce ne serait pas une récompense mais un acquis obtenu par son attitude dans le vivant. Mais alors, sur quelles bases peut-il être rendu un jugement ? Quelles peuvent être les règles universelles de conduite ?” Sans tenir compte de ma question, j’ajoutai rapidement : “ Regardez, Sidoine : de gros cumulo-nimbus nous arrivent droit dessus. Nous devrions nous mettre à l’abri !” “ Jo, tu as oublié que tu ne peux plus craindre la pluie, le froid, la neige, la sécheresse ou la noyade… Tout ça c’est fini ! Rien ne t’empêche d’imaginer les sensations et leur côté agréable sans en avoir les inconvénients. N’est-ce pas merveilleux de pouvoir rêver de planer au-dessus d’une immensité, sans crainte, tout en savourant le frisson du vertige ? A toi de fantasmer à loisir, l’esprit est libre. Libre des lois physiques donc de celles de la Causalité tout en restant dépendant. Je m’explique : si dans le futur, un Big Crunch se passe pour faire le pendant du Big Bang, que deviendra ton esprit ? Il sera probablement dissous dans le Tout du Rien. Merci d’avance de ne pas essayer de comprendre.” A ce moment se déclencha un violent orage. Nous étions au cœur de la tourmente. Un vent violent étirait les nuages, balayait les nimbus, attirait les attardés. Nous étions dans le gris : des nuances à l’infini. Plus de couleurs chaudes, sauf dans les courts instants cataclysmiques où les éclairs ponctués de coups de tonnerre couvraient le bruit du vent. Le front de l’orage se déplaça et céda la place à une accalmie où des trombes d’eau se déchaînèrent. Sidoine et moi, étions au spectacle. La fureur des éléments, sans nous incommoder, nous offrait un aperçu de ce que la puissance de la nature est capable. Quelles merveilles ! Le calme revenu, Sidoine reprit : “ La seule loi universelle est celle d’Amour, rappelée par Jésus, que je préfère nommer celle du respect des autres. Elle résulte de la nécessité d’une harmonie permanente au sein de l’humanité. Depuis que les hommes ont acquis leur conscience réfléchie, ils ont perçu ce besoin d’harmonie, mais combien font ce qu’il faut pour qu’elle règne ? Il n’existe donc pas de jugement : la conscience personnelle se charge de rappeler à chaque esprit sa conduite passée. C’est un système équitable qui permet à la totalité des esprits d’exister harmonieusement. Je souligne « exister » et non pas vivre, la notion de vécue implique de naître, de vivre puis de disparaître dans la mort. Ce qui n’est pas le cas des esprits.” “ Mais alors la notion de châtiment, chère à certaines religions dans un esprit de justice, ne serait pas observée ?” “ Au premier degré, non ! Mais ce trouble de la conscience n’est-il pas le pire des châtiments ?. N’est-ce pas la meilleure façon pour « se grandir »? Rappelle-toi une phrase de Joseph de Maistre :« Je ne sais pas ce qu’est la conscience d’un assassin mais je connais celle d’un honnête homme ; c’est quelque chose d’épouvantable». Tu peux croire que pour de nombreux esprits présents en ce lieu, le séjour n’est pas très agréable : leur passé doit bougrement les tourmenter ! Jo, un léger reproche : tu rapportes toujours tes raisonnements au contexte de ton éducation. N’oublie pas que l’humanité n’a pas démarré 4000 ans avant l’ère chrétienne et que les humains ont plusieurs millions d’années derrière eux ! D’ailleurs, en faisant la connaissance de Lucy, elle a dû te raconter des faits passionnants.” “ Exact, Sidoine, et je vous en reparlerai plus tard.” Une pause, puis je continuai : “ Alors, si je comprends bien, je peux rencontrer ici tous les humains ayant existé. Aussi bien les hommes que l’on a dit “ grands”, que les pires criminels ? ” “ Bien sûr ! mais tu ne les verras que si eux ou toi recherchez le contact. C’est la règle de base : on ne rencontre que ceux à qui l’on souhaite parler. Par contre, on ne peut éviter l’entrevue, mais on peut l’écourter. Si je suis actuellement avec toi, c’est parce que j’ai appris ton arrivée et je vois que tu es satisfait de notre rencontre.” “ Que oui ! Une question, encore, si vous me permettez ? Dans notre système solaire, nous savons maintenant que nous, les hommes, sommes les seuls habitants. Mais l’Univers est quasi sans limites et il doit exister de nombreuses autres planètes où la vie s’est développée. Il est fort probable que des êtres pensants ont existé ou existent. Leurs esprits peuvent-ils venir à Ailleurs ? » “ Non, répliqua aussitôt Sidoine ! Si je suis aussi affirmatif c’est que l’Univers actuel, comme celui ou ceux qui l’ont précédé, comme celui ou ceux qui le suivront, est soumis à des lois immuables qui composent la Causalité. Or rien ne peut se faire en dérogation de ces lois. Si on observe un phénomène qui semble s’en écarter cela ne peut provenir que d’une fausse observation ou d’une loi que nous avons définie mais qui est inexacte, donc à revoir ! Ceci étant, tu sais qu’il existe une limite infranchissable : la vitesse de la lumière. Du fait de cette limite, il est impossible aux hommes d’avoir des communications avec d’autres êtres vivants sur des planètes de systèmes solaires différents du nôtre. Il serait illogique que les esprits de ces êtres soient en contact avec nos propres esprits : aucun point ne pourrait les rapprocher et la communication n’aurait pas de sens. “ Donc l’Ailleurs reste local et réservé, si l’on peut dire, à notre système solaire. En conséquence, la Connaissance que nous pouvons obtenir est bornée à celle que les terriens ont découverte et découvriront tant que la Terre existera. “ Oui. Cela ne semble pas te suffire ? ” “ Si, pour le moment. Que se passera-t-il après la disparition des êtres pensants terrestres ?” “ Oh, Jo, tu es trop curieux ! Je ne suis pas prophète et n’ai pas la possibilité de te décrire ce que sera le système solaire quand notre brave soleil deviendra une géante rouge et absorbera la Terre dans une apothéose grandiose et une débauche de couleurs, provoquée par les températures extrêmes.” “ L’Apocalypse, alors ?” “ Si tu veux. Mais pas celle lue dans ton enfance.” “ Pourriez-vous…… ” Je fus interrompu par le passage soudain de deux farfelus qui nous bousculèrent presque dans leur course. L’un était affublé d’un bicorne à la Napoléon et tenait sa main gauche sur l’abdomen et l’autre, coiffé d’un chapeau melon noir le poursuivait en imitant la démarche de Charlot. J’interrogeais Sidoine : “ Quels sont ces personnages qui sortent de l’ordinaire ailleuriste ?” “ Des esprits, comme toi et moi, mais des esprits dérangés dont le bon peuple terrestre dirait «qu’ils n’ont pas tous leurs esprits !»” “ Mais Sidoine, je pensais que nous, esprits, ne différions que par la charge de notre conscience.” “ Exact ! A ceci près que l’esprit que nous sommes est celui que nous avions durant notre “gloire passée” et non pas celui que nous pouvions avoir après quelques vicissitudes tels qu’Alzheimer, Parkinson ou autres maladies dégénératives du cerveau. Ceci est aussi valable pour ceux qui n’ont jamais eu un esprit normal : ils restent, en esprit, ce qu’ils étaient. Et c’est bien ainsi !” “ Merci de ces précisions. L’intrusion des deux bougres m’a bien troublé. Revenons à l’Univers. S’il existe d’autres mondes avec des êtres pensants, peut-être chacun possède-t-il son “ Ailleurs” ?” “ Je n’en sais rien et je pense que personne de notre système n’en saura jamais rien. En toute logique cela devrait être, mais la logique entre-t-elle dans de telles perspectives ? Je ne t’ai fait découvrir que ce que notre monde peut découvrir et rien d’autre !” J’étais heureux d’avoir retrouvé Sidoine et son grand bon sens. Et j’aurais aimé prolongé cet échange, mais je craignais… Mon rêve fut interrompu par un bruit terrifiant : la foudre venait de tomber sur un pin du jardin. Je me dressais d’un bond dans mon lit. Les cumulo-nimbus étaient bien là et il pleuvait à torrent ! J’étais toujours sur terre et pas mécontent d’y être… Valescure le 24/05/05 tres beau! ce texte est vraiment tres beau! il évoque effectivement de nombreuses questions contemporaines. J'espere que c est comme tu le decris. Mais j espere encore plus que nous le decouvrions le plus tard possible!! Je n ai pas le temps de fair epour l instant de grands commentaires mais je suis contente que le blog te plaise! tres gros bisous a vous 2 sandrine Ecrit par: sandrine | 22/06/2006 8:32
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Le mariage envisagé de ces trois entreprises est un scoop d’une importance particulière. S’il s’effectue, la nouvelle entité représentera 25 % des ventes mondiales d’automobiles ! Cela veut dire que cette entreprise sera appelée à grossir encore et à absorber d’autres constructeurs. N’est-il pas à craindre que sous un laps de temps relativement court, elle puisse devenir le trust mondial qui fera, dans son domaine, la pluie et le beau temps en ayant supprimé au fil des années toute concurrence. Les USA ont des lois anti-trust, mais, sur le plan mondial, il n’existe aucun garde-fous qui empêche un groupe privé de se développer au-delà de limites raisonnables préservant, d’une part, la nécessaire concurrence et d’autre part, écartant toute possibilité de cartel entre deux ou trois entreprises représentant la totalité d’une activité particulière sur notre planète Terre. Après des périodes d’hégémonie politique ou militaire, nous risquons la contrainte d’une hégémonie économique n’ayant pour la limiter aucun contre-pouvoir. Ce serait le triomphe de la finance-reine à travers la domination technico-commerciale de la planète. Cette tendance pointe son nez dans plusieurs secteurs notamment celui de l’énergie avec Gasprom ou les pétroliers. Il serait temps que les politiques réagissent à travers un organisme commun, l’OMC par exemple, si les intérêts égoïstes des grandes nations pouvaient être maîtrisés. Valescure le 07/07/06
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Tous les observateurs sensés et honnêtes montrent que l’état de la France, mais aussi des autres pays occidentaux, est globalement mauvais. Le chômage reste quasi constant, le monde industriel délocalise et la production des biens diminue sur notre sol, l’agriculture par les subventions vit assez bien, la fameuse “ fracture sociale” s’accentue et les crises de société apparaissent de plus en plus fréquemment. Seul, le secteur public est prospère pour lui-même et manifeste bruyamment son “ toujours plus” aux dépens des usagers de ce service. Depuis des décennies, on nous dit que les problèmes seront résolus grâce à la croissance et à la consommation. Bon citoyen, consommez à tort et à travers et pour ce faire, exigez plus d’argent, plus d’aides, plus de subventions, plus de secours à tout moment, moins de travail, moins d’efforts, moins de responsabilité… en résumé, dépensez sans compter et, si par hasard vous pouvez faire des économies, placez-les dans des actions qui accroîtront les gains financiers des entreprises qui délocalisent. L’avenir s’assombrit tous azimuts. Le niveau de vie futur ne sera plus ce qu’il est actuellement pour 70% de la population. Aucun de nos dirigeants n’ose le dire de peur de perdre son job. Aucun n’ose envisager de : • bloquer tous les salaires (public et privé) pendant quelques années, laissant à l’inflation le soin de les diminuer en euros constants. • d’effectuer la même opération sur les retraites servies mais pendant le temps suffisant pour atteindre le point d’équilibre entre les entrées et les sorties (10 à 12 ans devraient suffire). • de restreindre les effectifs des fonctionnaires en particulier des services publics. Ceux-ci peuvent aisément sous-traiter à des entreprises privées la plupart de leurs prestations. Le public resterait le coordinateur des contrats de sous-traitance et le garant que le service au public est effectivement bien fait. Ce qui n’est pas le cas depuis 1946. • d’inciter les consommateurs à acheter des produits ou des services réellement faits dans l’U.E.. Parallèlement à ces mesures financières, la formation des citoyens à cette vie économe est à mener ! Finis les caprices, les achats inutiles, les gaspillages, les excentricités en tout genre… Ce n’est pas une vie monacale qui est recherchée mais une existence basée sur une autre valeur que le cycle infernal de la consommation, et du gain pour la satisfaire. On peut atteindre le bonheur sans être obnubilé par le souci de toujours acquérir pour, en définitive, jeter !!! Après la période de transition que nous venons de vivre, nous sommes de plain-pied dans la mondialisation avec toutes ses conséquences. Nous vivions dans notre cercle d’occidentaux, maintenant nous ne pouvons plus maîtriser le déferlement des produits de l’Extrême-Orient. Ses milliards d’habitants sont des consommateurs potentiels pour certaines de nos grosses entreprises qui y voient un marché infini (ou presque) donc des profits financiers. Mais qu’apporteront ces profits aux citoyens de nos pays ? Quasiment rien et surtout pas de travail ! Fini nos rodomontades, fini l’exception française ! Il faudra avec nos partenaires de l’U.E. nous adapter. Autrefois les conflits, mondiaux ou de quelque importance, remettaient les pendules à l’heure. Ce n’est plus le cas, les armes ne parlent que dans des conflits locaux qui ne remettent pas en question l’économie générale. Par contre la mondialisation a déclenché une guerre sans merci entre les pays riches et ceux émergents. Ces derniers ont tous les atouts en mains ; seuls des faits imprévisibles et gravissimes (épidémies, épizooties, cataclysmes, révolutions…) pourront remettre en question les règles du jeu. Et ce n’est pas souhaitable ! Après ce mot et avant de clore ce mail, voici quelques réflexions sous forme de questions. • Comment se fait-il qu'il ait fallu la récente mission Pébereau pour découvrir que la dette française n'était pas de 1167 Mds mais bien de 2067 Mds (chiffre confirmée par l'U.E.) ? Pourquoi l'UMP après sa prise de pouvoir en 2002 et l'inventaire de la situation française 3 ou 4 mois après, n'a-t-elle pas claironnée les chiffres de l'époque et notamment ceux de la dette due aux retraites ???? • Réflexion concernant la TVA. Pourquoi le bâtiment bénéficie-t-il d'une TVA à 5,5 % ? Pour favoriser les constructions ? L'idée serait louable s'il s'agissait de logements sociaux. Elle est néfaste dans tous les autres cas car elle fait supporter à la communauté la différence entre 5,5 et 19,6 % alors que ceux qui investissent ont les moyens pour le faire. C'est une manie en France de dire que l'Etat peut payer ! L'Etat c'est nous et ce sont surtout les classes moyennes qui supportent le budget du dit Etat. Valescure le 09/12/05
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La vie éternelle Un ami m’écrivait récemment : “ Au plus profond de nous il y a cette utopie de vouloir arrêter le temps. Il y a aussi et heureusement pour ceux qui ont la foi, cette espérance d'être appelés à survivre ... ailleurs ... autrement. Heureux sommes nous de croire à une autre vie”.
Quelle idée peut avoir un croyant de cette autre vie ? Qu'en espère-t-il ? Quel relationnel envisage-t-il avec les autres élus ? Comment peut-il concevoir le temps (ou plutôt son inexistence) devant l'éternité ?
Je pourrais multiplier les questions qui ne peuvent que rester sans réponse (un mystère de plus : la religion n'en est pas à un près) et pourtant la Foi est basée sur cette espérance ultime d'une vie meilleure. Comment concevoir les retrouvailles d'Alexandre et Emma dans l'Ailleurs, un couple qui a vécu 40 ans de vie commune et qui, devant leurs trois enfants, s'est entre-déchiré pendant de longues périodes ? Alexandre va retrouver les personnes qu'il a habilement escroquées dans ses relations commerciales et Emma les quelques amants qu'elle a eus pour oublier les scènes familiales. Comment tout ce beau monde va-t-il cohabiter dans une félicité bienheureuse ? Peut-être peut-on aussi signaler qu'Alexandre avait une belle-mère acariâtre qui a tout fait, en pleine inconscience, pour briser le ménage.
Peu-être, Ami, trouveras-tu que je pousse trop loin le bouchon et que mon exemple n'est pas très standard. Je crois que non, car si nous faisons honnêtement nos examens de conscience, nous constaterons des multiples fautes qui parfois ont eu des conséquences graves imprévues. Et puis, n'est pas un monstre qui veut et sans l'être nous sommes tous des coupables de quelques fautes en regard du relationnel (du fameux Respect que je cite toujours et que tu appelles Amour).
J'ajouterai que pour moi, incroyant, je n'ai aucun souci pour l'Ailleurs. J'ai, comme tous les humains, la peur au ventre pour le passage du maintenant à l'Ailleurs. Mais le passage franchi où est le problème ? Quand chaque soir je m'endors paisiblement, je ne suis pas dans l'angoisse de devoir me réveiller. S'il n'y a pas de réveil, égoïstement, cela m'est égal. Je dis "égoïstement" car pour ceux qui m'aiment le chagrin est immense qu'il y ait un Ailleurs ou non. D'ailleurs le vrai problème c'est la souffrance, la mort n'est qu'un épisode nécessaire pour que la Vie existe et pourrait être un fait heureux comme bien d'autres dans le cours de l'existence. A ce propos, si la souffrance est le résultat de la condition humaine du fait du péché originel (ou autres causes), comment se fait-il que les animaux souffrent physiquement (et peut-être moralement, mais nous ne le savons pas) ? Ils ne peuvent être accusés d'avoir été des rebelles à une époque ou à une autre. Alors ?
Quelques mots sur la Trinité.
Depuis mon adolescence, je me suis souvent posé la question : pourquoi la Trinité ? En effet Dieu est Dieu avec tous ses attributs. Qu'Il ait eu un fils pour être personnifié sur la terre, cela peut se comprendre puisque, d'après la religion chrétienne et la tradition juive, il fallait un Rédempteur pour racheter les fautes du genre humain. Mais quid du Saint Esprit. Dieu étant l'Esprit suprême, la pensée unique et supérieure, cette pensée agissante et dépassant tout entendement n'a pas besoin d'un intermédiaire que nous, humains, qualifions de saint. L'Esprit (Dieu) étant immaculé et infini par définition.
Jean Corbineau (prédicateur à la TV) a raison de rappeler que la notion de Trinité est arrivée bien après la venue de Jésus. Les Pères de l'Eglise du IV ème siècle ont cogité sur le chiffre 3, en vogue depuis fort longtemps (comme le 7 ou le 12) et sur quelques paroles des évangiles plus ou moins symboliques et en ont fait un mystère, un dogme.
Que représente ce dogme pour le catholique du XX ème siècle ? La foi en un Dieu unique et en l'incarnation Jésus qui a affirmé la loi d'Amour, n'est-elle pas la condition "nécessaire et suffisante" pour être un croyant ?
Valescure le 18/06/06
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Une grande famille
Nous connaissons tous cette grande famille composée de l’ancêtre, assez riche des dons que lui font ses nombreux enfants, assez bon gestionnaire de cette manne qui lui revient chaque année, un peu dispendieux pour ses propres besoins, assez rigoureux dans ses demandes et prérogatives… Enfin un ancêtre avec, comme tout un chacun, de nombreuses qualités et quelques défauts. Les enfants sont, pour la plupart, prétentieux. Ils supportent l’ancêtre sans jamais lui faciliter la tâche, contestent son autorité et, évidemment, ne souhaitent pas qu’elle s’étende. Et pourtant, dans certains cas, cela les avantagerait ; ils pourraient avoir entre eux des actions communes efficaces en contre-partie d’une perte d’autonomie. Ce dernier point choque leur ego et ils souhaitent conserver leur souveraineté tout en bénéficiant d’un ancêtre fort : le beurre et l’argent du beurre. Les petits-enfants ont été élevés “ à la moderne” . En général, n’ayant pas connu de périodes dures, de sacrifices à assumer, d’efforts envers les autres à consentir, beaucoup sont insouciants et veulent profiter de la vie et surtout des avantages multiples qui leur sont alloués. Certains ont une mentalité d’assistés et reçoivent sans états d’âme les libéralités versées par l’ancêtre et, en guise de remerciements, trouvent qu’il n’en fait jamais assez, que ses décisions sont contraignantes, qu’il est trop administratif, qu’il n’y comprend rien… Jamais, au grand jamais, on entend de leur part, la moindre marque de reconnaissance. De temps en temps, vu les interactions multiples existant dans cette grande famille, les parents interrogent chacun leurs enfants pour avoir leur opinion sur l’ancêtre, ses directives, son devenir et ce qu’il serait souhaitable de faire. Et que croyez-vous qu’il arrive à chaque consultation ? Une grande majorité des petits-enfants ne répondent pas ; ils ne se déplacent même pas à l’appel des parents ! Pour eux l’ancêtre n’a d’intérêt que pour leur fournir des avantages et comme la consultation ne porte pas sur un sujet matériel concret, ils ne voient pas la nécessité de se mêler à des décisions qui ne semblent pas les concerner directement. Ingratitude des petits-enfants ? Sûrement, mais qui en est responsable ? L’éducation donnée par les parents. Quand ceux-ci ont peu de respect pour l’ancêtre, qu’ils le laissent se faire critiquer constamment, qu’ils lui reprochent la moindre décision, qu’ils vilipendent ses décisions, qu’ils le maintiennent en infériorité… comment s’étonner que leurs rejetons se désintéressent de tout, sauf des avantages qu’ils peuvent en tirer ?
Cette grande famille c’est l’Europe !
Chaque consultation qui est lancée est une idiotie pour les citoyens ! On leur demande de prendre position sur des points qui les dépassent largement. Pour ou contre la Constitution ? Quelle signification donner à cette question pour le vulgum pecus ? Il faudrait seulement lui demander : “ Etes-vous pour ou contre le fédéralisme de l’Europe ?”. En lui expliquant au préalable qu’il existait trois voies possibles et en décrivant les avantages et inconvénients de chaque voie : • le fédéralisme : c’est une Europe forte, une perte de pouvoir de chaque nation mais une entité allant dans le sens de l’histoire et pouvant être suffisamment puissante pour contrebalancer les USA, la Chine, les Indes (ces deux derniers pays devenant des puissances mondiales). • le confédéralisme : c’est une union des nations européennes dans le but de conduire ensemble des actions ponctuelles notamment commerciales, chaque nation conservant une autonomie quasi totale. C’est l’Europe molle dont nous nous plaignons tous et qui ne peut aucunement tenir une place politique en face des grandes nations et encore moins en cas de conflit, même en son propre sein.
• le retour à la nation comme le souhaitent de Villiers, Chevènement, Pasqua, Le Pen… L’Europe disparaît et on revient aux conflits d’antan avec nos proches et moins proches dans une France cocardière dont les grandes entreprises sont devenues mondiales et font la pluie et le beau temps en ne s’occupant pas de la mère patrie.
Les enjeux pour chaque citoyen ne consistent pas à connaître les finesses d’une constitution mais bien à savoir ce que sera son propre devenir et celui de ses enfants. Nous connaissons la Constitution de la Vème république ; nous voyons que, dans le temps, elle a beaucoup dérivé. Jamais de Gaulle, ni Debré n’auraient pu penser que cette constitution ait permis des cohabitations !
Alors ne nous étonnons pas de l’abstentionnisme à l’occasion de chacune des consultations ! Cessons aussi de polémiquer sur des sujets que personne (ou si peu) ne maîtrise ! Arrêtons de mélanger des brouets différents : constitution et Turquie. Et surtout ne dévaluons pas les référendums ni les consultations auprès des citoyens ; nous avons besoin de l’assise populaire, encore faut-il que les questions soient simples, le sujet bien connu des intéressés et qu’il les concerne au premier chef.
Mon opinion ? Européen convaincu, je l’étais jusqu’à la fin des années 80. Depuis je reste européen contraint et forcé, car je considère qu’il n’y a pas d’autres voies pour que notre occident survive dans des conditions acceptables.
Ce n’est pas des USA que nous pouvons attendre une autre politique que celle de subordination à la leur. Ce ne sont pas nos gouvernements successifs qui pratiqueront les réformes nécessaires à la France. Ce n’est pas la Russie qui pourra nous aider, Poutine a par ailleurs, suffisamment à faire. Quant aux pays en flèche (Chine et Inde) ils ont bien des problèmes à résoudre chez eux avant de pouvoir interférer politiquement chez nous et d’ailleurs, ils ont tout à perdre à le faire car nous sommes des concurrents à affaiblir.
Valescure le 23/02/05
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Ce que je crois ! Dans une correspondance avec un camarade d'école, j'ai eu la maladresse d'écrire que je n'étais plus croyant. Il m'a répondu ceci : " Tu me dis que tu n'es plus croyant, c'est évidemment impossible, tu peux ne plus croire aux mêmes choses qu'autrefois, tu- peux croire à autres choses que moi, mais tu- crois forcément à quelque chose, ne serait ce qu'au fait que tu ne sais plus à quoi croire." Cette remarque a déclenché ma profession de foi suivante : Je ne suis plus croyant mais je crois. Je crois en une Causalité à qui l'on donne fréquemment le nom de Dieu. Nous, humains, n'avons et n'aurons probablement jamais la possibilité d'en donner une définition. Nous pouvons tout juste lui supposer des attributs et ceux-ci diffèrent suivant les croyances de chacun. Pour moi la Causalité est éternelle, de ce fait, elle n'est pas un être vivant puisqu'elle ne suit pas le cycle universel de ce que l'on a coutume d'appeler la vie (naissance, développement, mort). Elle est et est immuable contrairement à tout ce que nous connaissons dans l’Univers ! Je crois que la Causalité est la somme de toutes les lois, de toutes les règles qui régissent non seulement l'ensemble de ce qui nous est donné d'observer mais encore de tout ce qui est, a été et sera. Je crois que l'Univers est un avatar de ce que la Causalité a fait, fait et fera. Je crois que notre Univers disparaîtra et sera suivi d'un ou plusieurs autres, probablement différents du nôtre. Cette aventure suivra les règles et lois de la Causalité qui sont éternelles et invariables. Je crois que la Causalité n'intervient pas en opposition aux lois et règles. Si elle intervenait, elle s'opposerait à elle-mê-me, ce qui serait une absurdité. Exemples : aucun phénomène ne peut exister en remontant la flèche du temps, personne ne peut ressusciter, les lois physiques ne peuvent être contournées… Je crois que ce principe de non-intervention est universel (sur la Terre, comme dans notre univers ou tout autre univers) et ne supporte aucune dérogation. En conséquence je crois qu'il n'existe pas, entre la Causalité et les individus que nous sommes, de relations de dépendance, d'allégeance, de reconnaissance, d'obligations pré ou post-déterminées, etc ... Je crois que la “ froideur” de ce principe de non-intervention n'est qu'apparente. La Causalité est le garant de l'harmonie de notre unvers, des principes de la vie, des règles de complexité de celle-ci, de la liberté d'agir des êtres vivants, en général, et de penser et réfléchir pour ceux qui ont atteint le stade supérieur. Je crois que sur notre Terre, la communauté des êtres pensants, avec la liberté sans limites qui est dévolue à ces derniers, doit vivre les vertus qui sont nécessaires à son équilibre harmonieux et notamment le grand principe d'amour, le respect de l'autre… Je crois que ces vertus humaines et leur but : l'harmonie de la communauté des humains et aussi de ce qu'il est convenu d'appeler l'environnement, forment un idéal suffisant et concret pour assumer pleinement sa propre vie. Je crois que toute croyance librement choisie et adoptée par un individu est bénéfique pour lui et honorable en soi si le prosélytisme, que cette croyance pratique, respecte autrui qui possède ses propres convictions. Que d'actes de foi pour un non-croyant ! Valescure le 06/08/05 —— ……………………………………………………………………………………………………… Une première rédaction de ce texte a été faite en janvier 1997.
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L’Etat : quel pouvoir ?
• Jusqu’à la création de l’euro, chaque nation européenne qui l’a maintenant adopté, pouvait gérer ses finances en jouant sur l’inflation interne et sur la dévaluation de sa monnaie. La France a abusé allègrement de ces deux leviers depuis 1945. L’inflation permettait un prélèvement sur l’épargne, avait l’avantage, pour les emprunteurs, d’effacer une partie de leur dette et diminuait artificiellement les revenus non indexés sur le coût de la vie. Toutes actions aussi indolores pour le citoyen que celles de la TVA pour le consommateur. La dévaluation abaissait nos prix à l’exportation, prix qui seraient devenus non concurrentiels après des hausses de salaire brutales, et freinait la consommation des denrées importées. En contrepartie, elle nous pénalisait sur les produits strictement nécessaires à la vie de la nation et que nous ne possédions pas sur notre sol : pétrole brut, charbon, gaz et matières premières. Avec l’euro, l’Etat est contraint d’observer des règles assez strictes, communes à l’U.E. C’est une perte de souveraineté, bénéfique sur le plan qualité de gestion dans le temps, mais catastrophique pour des politiques qui n’ont qu’une idée en tête : se faire réélire quelqu’en soit le coût pour la nation.
• La transformation, depuis les années 80, de certaines de nos entreprises nationales en multinationales, puis la mondialisation généralisée et enfin l’émergence industrielle, commerciale et financière de pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil… ont fait que l’Etat n’a plus aucun pouvoir sur les grandes sociétés, dites françaises, ayant encore leur direction (centre de décisions) en France. Pour certaines, leur siège social est déjà délocalisé afin de diminuer le montant de leurs impôts. Or, ces grandes entreprises font souvent appel à de nombreux sous-traitants (des PME) nationaux. C’est donc tout un pan de l’économie qui échappe totalement à l’emprise du gouvernement.
• Ajouter à cela, depuis 1945, la rivalité Est-Ouest et la guerre froide, l’euphorie des Trente Glorieuses, la crise de 1968, le conservatisme exacerbé des partis, l’absence d’un syndicalisme constructif et la pusillanimité des gouvernements successifs ont fait que la France est devenue apparemment (tout au moins, on peut l’espérer !) irréformable. La grève, qui devrait être un outil de qualité, à manier avec discernement, est pratiquée pour des broutilles corporatistes et uniquement par le corps des fonctionnaires et assimilés. Le chômage, malgré les apparences actuelles, continue à croître. Seules des manipulations de chiffres et de postes (radiation des chômeurs, passation au RMI) et des créations d’emplois aidés (donc à la charge de la communauté) font apparaître l’inverse. La délocalisation continue, l’augmentation de la productivité, la “ mécanisation” des tâches… diminuent en permanence le nombre d’emplois productifs sur le sol français. L’immobilisme, l’idéologie et la doctrine des droits acquis ont cristallisé certains secteurs. notamment l’Education Nationale et quelques organismes publics qui demandent constamment un accroissement de crédits en refusant des obligations de résultats et en niant les réalités que tout un chacun peut constater.
Et l’Etat dans tout cela ? Actuellement il se contente de faire des rodomontades, des effets de manche avec l’affaire Arcelor, le Clémenceau, l’EdF et GdF, l’EADS et l’usine de la Gironde… mais il voit Euronext se faire absorber par NYSE, ce qui est la confirmation du bloc Ouest et un signe défavorable pour l’U.E déjà mal en point. Que peut-il faire d’autre ? Rien tant qu’il n’aura qu’une seule idée en tête : perdurer en attendant que les mois passent !
Valescure le 10/06/06
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